THE GALLERY WILL BE CLOSED FROM AUGUST 1st TO AUGUST 31 st
Fifty One celebrates 10 years with Gainsbourg (1928 - 1991) from 5 June - 31 July 2010


In 2010 Fifty One Fine Art Photography celebrates its 10th anniversary. One of the highlights of this celebration will be an exclusive exhibition with photographs of the famous French artist Serge Gainsbourg.

Opening will take place on 5 June 2010 from 14:00 - 18:00


Où est ma petite amie ? Elle est dans mon Rolleiflex

Serge Gainsbourg (1928 – 1991) aura rêvé d\'être peintre et cinéaste. Dans les deux cas, il n\'a laissé derrière lui que quelques œuvres : des toiles montrant un joli talent de coloriste, et quatre longs-métrages, le plus remarquable étant le premier, intitulé, comme l\'une de ses plus fameuses chansons, Je t\'aime moi non plus. Ses films furent controversés ; aucun ne connut le succès populaire. On ne peut leur retirer cependant une qualité : chaque image avait été pensée, imaginée, composée, mise en scène par un esthète, avec l\'œil d\'un photographe. À la lecture des scénarios de ses films, on est surpris de découvrir qu\'il attachait peut-être plus d\'importance aux focales, aux objectifs, aux mouvements de caméra, qu\'il détaillait avec minutie, qu\'à la psychologie de ses personnages qui, de toute façon, lui ressemblaient, en à peine moins torturés.
En 1964, sur l\'album \"Gainsbourg Confidentiel\", Serge a chanté la photo dans Negative Blues :

Où est ma petite amie ?
Elle est dans mon Rolleiflex
C\'était mon premier reflex
J\'aime la photographie

Je revois la petite chérie
Posant pour mon Rolleiflex
Un p\'tit machin en lastex
Lui donnait un peu d\'esprit

La photo, il l\'a donc pratiquée, mettant en scène Jane Birkin dénudée, parfois même menottée à un radiateur, pour les magazines de charme. Plus tard, il publie un livre mettant en scène sa dernière compagne : Bambou et les poupées, avec son érotisme glacé, sa dominante de bleu électrique et de rose blême, semble une partouze surréaliste où l\'on ne peut plus distinguer l\'être humain des mannequins désarticulés. Une légende au hasard :

Mardi quatorze heures quinze
Premiers symptômes de photophobie. Recherche de clairs-obscurs et de contre-jours. Abuse de Bambou comme un légionnaire au Tonkin. Elle pleure jaune et riz blanc. Ma petite princesse de Chine s\'enroule dans les spirales du lit, œil et entrejambe en amande. Nice girl. À la visée reflex, je dois reconnaître que la gamine a un cul de Rolls-Royce. Ne lui manque que la plaque minéralogique citron vert de L.A.
Je glisse ma caméra sous le châssis, elle son ongle carmin dans le tuyau d\'échappement. Arrêt image.

Quand il s\'agissait de ses pochettes de disques, Gainsbourg ne plaisantait pas. Il ne faisait appel qu\'aux meilleurs : Tony Frank pour la pochette de \"Histoire de Melody Nelson\" (avec une Jane B. perruquée et fardée, cachant avec son Monkey en peluche un début de grossesse), Jean d\'Hugues pour \"Vu de l\'extérieur\" (où le visage de Serge est entouré de gros plans de chimpanzés, orangs-outans, ouistitis, macaques et babouins), Lord Snowdon pour \"Aux armes et caetera\", William Klein pour \"Love On The Beat\"… Gainsbourg gérait sa propre image entre dégoût et fascination ; il se trouvait laid, étant jeune, au point de développer de douloureux complexes. Il ne pouvait que développer un œil de dandy sur sa propre représentation.
Voilà pourquoi Roger Szmulewicz, fan de toujours de l\'œuvre gainsbourienne, a décide de se/vous/nous faire plaisir avec une exposition anniversaire (Gallery 51, dix ans déjà) qui mélange portraits, images rares et insolites, par William Klein, Helmut Newton, Pierre Terrasson, Jean-Loup Sieff, Ulf Andersen, Bert Stern, Patrick de Spiegelaere, Claude Gassian, Tony Frank, Xavier Martin, Alain Trellu et d\'autres. Sans oublier les objets du culte (livres, disques, magazines, etc.) qui nous éloignent d\'un accrochage traditionnel mais sont le reflet de l\'amour énorme et posthume que lui portent désormais des millions de fans, lui qui a tant souffert, au fil des premières années de sa carrière, du peu de reconnaissance récolté par ses chansons, alors qu\'il alignait les chefs d\'œuvre, de La Javanaise à Initials B.B., de La Chanson de Prévert à Docteur Jekyll et Monsieur Hyde…

Admirons cette exposition en méditant ces mots, par lesquels Serge expliquait au début des années 1960 la noirceur de son inspiration :

Je suis incapable de faire une chanson optimiste, heureuse, une chanson d\'amour. Je ne trouve pas les mots, je n\'ai rien à dire du bonheur, je ne sais pas ce que c\'est. Il ne s\'exprime pas. C\'est comme si vous braquiez l\'objectif de votre appareil photographique sur un ciel parfaitement bleu. Il n\'y aura rien sur la pellicule. Alors que si vous photographiez un ciel d\'orage, avec de beaux nuages noirs et gris, ce sera superbe !

Gilles Verlant




Photographs by William Klein, Jean Loup Sieff, Helmut Newton, Tony Frank, Pierre Terrasson, and many more

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